Who’s afraid of the « Silent » system? – Les systèmes « silent » et le problème du double échappement

Je conçois qu’un novice en mécanique pianistique, à la lecture du titre de ce post, ait envie de prendre immédiatement ses jambes à son coup, de revenir à ses premières amours, plus simples peut-être, la physique quantique ou la fission de l’atome… Ces réalités toutes terrestres et mécaniques n’ont rien de vraiment rebutant pour le preux pianiste intéressé par la question du travail du son. Ce qui, pour un musicien, avouons-le, est bien la moindre des politesses.

C’est une fois de plus O., dont j’ai mentionné l’existence dans le post précédent sur le Concert russe de l’orchestre Pasdeloup à la salle Pleyel, qui a attiré mon attention sur ce problème ténu de la pratique pianistique en milieu urbain. Vous noterez à ce titre que la réaction de voisins à ce que l’on considère d’ordinaire  comme  l’art du piano (il est vrai parfois si personnel) n’a souvent rien de véritablement « urbain ». Pour parler de mon modeste cas, la dernière fois que j’ai eu affaire à ce type de problème, mes voisins ont sans vergogne pratiqué la lettre de dénonciation anonyme par affichage sauvage interposé, sur la cloison de l’ascenseur que nous partageons d’ordinaire si « urbainement ». Les moins agitées d’entre ces missives sans auteurs m’encourageaient à prendre un studio pour répéter.

483445_469517366431744_333428436_n

Bref. Le système « silent » est une technologie d’origine française (L’inventeur se nomme M. Gombault). Elle a été très diffusée  par la glorieuse et japonaise firme Yamaha. Le système évite de déranger vos voisins non mélomanes lorsque vous jouez du piano. Il s’agit d’une captation optique de la vitesse de frappe du marteau avant que celui-ci n’atteigne la corde. La vitesse de frappe est associée à une banque de données de sons de piano pré-enregistrés, provenant souvent d’instruments de très grande qualité. Au final, personne d’autre que vous, muni de votre casque d’écoute, n’entend donc le bruit, ou le divin son, c’est selon, que vous produisez d’ordinaire en jouant, comme on dit, « acoustiquement ». Tout ceci serait « piece of cake », comme disent les anglais, Yamaha ayant ainsi sauvé la mise de tous les pianistes citadins éternellement reconnaissants, si l’habitude de jouer sur un système silencieux n’avait pas pour effet de déformer votre jeu. Oui.

La terrible réalité est en effet que lorsque vous vous retrouvez face à un Steinway (et encore… leurs pianos ont la très professionnelle diligence de prendre à leur charge la plupart des irrégularités de votre jeu) ou face à un Petrof de dernière catégorie (représentez vous l’équivalent pianistique de l’offensive d’Apocalypse now), vous constaterez avec épouvante que les heures passées à votre instrument « silent » débouchent sur un cliquetis se rapprochant d’une armée de talons compensés sur du marbre de mauvaise qualité. Vous n’avez alors qu’une idée en tête: expédier cette sonate de Mozart que la dernière écoute sur « silent »  vous avez fait penser aussi aboutie qu’une interprétation de Murray Perahia.

Une tranche de piano

O. me faisait très justement observer que le coeur du problème se situait dans le double échappement. Ce mécanisme que l’on doit aux fabricants de piano Erard, le sponsor de Franz Liszt, d’une raffinement tout français (c’est d’ailleurs une fierté nationale au point que le brevet soit disposé dans le hall d’entrée de l’Institut National de la Propriété Industrielle), permet de nuancer la vitesse de frappe du marteau sur la corde. C’est alors qu’intervient la sensibilité du pianiste, qui peut varier à l’infini (ou presque) les textures et les couleurs qu’il souhaite donner à son jeu. C’est en quelque sorte, pour utiliser une métaphore biologisante, du mécanique fait organe. Du métal et du bois faits cellule. Le reste est affaire d’habileté et d’art plus ou moins prononcé. A ce titre j’offre à tout technicien mélomane qui voudra cette perle de sujet de dissertation: « Le double échappement est-il « l’âme » du piano? »

Et O. d’enchaîner sur le nombre de pianistes que cette pratique sur silent avait « flingué », ad vitam aeternam. Je me représentai alors des limbes peuplées d’âmes damnées pour s’être trop grisées de l’illusion de jouer comme Argerich sur un synthétiseur à deux octaves. Pour moi, qui suis plus porté à l’optimisme (malgré tout ce qui nous entoure), je tend à voir dans le système « silent » un appoint très pratique en milieu hostile. Il faut l’utiliser comme il se doit. Vérifier un doigté, transcrire harmoniquement un passage etc. Et si vous n’avez pas le choix, sortez de chez vous. Squattez le piano de vos amis à la campagne, ou de vos ennemis à la ville si vous jouez mal. Le pianiste Alexandre Tharaud a longtemps travaillé comme ça. Cela vous donnera l’occasion de penser davantage la musique, loin du clavier. Ce qui est très sain.

Pour plus d’informations techniques, voir le site ci-dessous:

http://pianoweb.free.fr/systeme-silencieux.html

Et Pour vous mettre en rêverie en ce gris lundi parisien, chers lecteurs, un magique clair de lune d’Oïstrakh…

English Version

I can already see the novice in piano mechanism immediately wanting to run like a dog at the sight of the title of this post. I see him returning to his first love, perhaps simpler, quantum physics or the fission of the atom … But these down to earth and all mechanichal realities have nothing really off-putting to the brave pianist interested in the issue of sound making. Which, for a musician, let’s face it, is the least he can do as a matter of politeness.

It is once again O., whose existence I have mentioned in the previous post on the Russian Concert by the Pasdeloup Orchestra at the Salle Pleyel, who drew my attention to this peculiar problem of practicing the piano in our urban jungles. You’ll notice in this regard that the reaction of neighbors to what is commonly regarded as the art of piano playing (we must admit that it is sometimes very personal) has nothing truly « urban ». To give my humble point of view, the last time I dealt with this problem, my neighbors shamelessly practiced denunciation by posting anonymous letters on the wall of the elevator that we usually « urbanly » share. The least violent of these letters with no author encouraged me to take a studio to rehearse.

Well. The system « silent » is a technology developed by now french director of the Piano Center stores M. Gombault in the early 80s (« City Piano »). It was later much distributed by the Japanese firm Yamaha. It was invented to avoid disturbing your neighbors who are not that much fond of music. It consists of a laser-capture of the speed of the hammers before they reach the strings. Nobody but you, with your headphones stuck on your head, can hear the noise, or as a matter of fact else the divine sound, you generate by playing, as they say, « acoustically ». All this would be « un jeu d’enfant », as the french say it, and us pianists citizens would be eternally grateful to the Japanese, if the use of playing on a piano equipped with a silent system did not distort our playing. And yes it does.

The unbearable reality is indeed that when you’ll be presented with a Steinway (and still their pianos very professionally take in charge most of the irregularities of your playing) or with a standard Petrof (Now imagine the piano equivalent of the « Walkyrie » battle scene in Apocalypse Now), you’ll see with horror that the hours spent on your « silent » equipped instrument will lead to a sound disaster approaching an army of high heels on a poor quality marble. At this very stage you do have only one thing in mind: quickly put an end to the Mozart sonata you are playing which, listened on your « silent » Yamaha, sounded like you played like Murray Perahia.

Will you take another slice of my piano?

O. very rightly made me aware of the fact that the heart of the problem is the « double échappement » mechanism. This mechanism is due to the ingeniosity of the Erard brothers, piano manufacturers in their time and official sponsors of Franz Liszt. They invented that very french refinement (don’t forget the French invented the Guillotine… what a proud moment that was).  The « double échappement » is actually such a national pride that the patent is proudly displayed in the lobby of the National Institute of Industrial Property). The Guillotine is inexplicably not. In short it allows the pianist to soften, while belating it, the strike of the hammer on the string. It is actually then that the sensitivity of the pianist enters the room. He may now vary infinitely (or almost infinitely) the textures and colors he wants to give to his playing. In some way, to speak biology, it’s the equivalent of a mechanism made organism. Metal and wood made cell. The rest could be seen as a matter of illusionistic skill, more or less pronounced. As such I offer any music lover who wants to become an engineer this pearl of an essay topic « The « double échappement »: The « soul » of the piano? »

And O. to enumerate the number of pianists silent systems had doomed to technical mayhem. I imagined some limbos inhabited by souls damned for having been intoxicated with the illusion of playing like Argerich on a two octaves electronic piano device.  To my view, as I am more inclined to optimism (despite what surrounds us daily), I tend to see in the « silent » system a practical opportunity in a hostile environment. Or at least it should be used like this. Check some fingering, transcribe or experiment your ideas. But never let yourself be seduced by the apparent comfort of playing on a silent system. Working on the quality and  the « meaning » of your sound is capital. And if you have no choice, take it on yourself to get out. Squatting the piano of your friends on the countryside, or your enemies in the city if you play badly. Pianist Alexandre Tharaud has worked like that for a long time. It will give you the opportunity to think a little more about music, far from the keyboard. And this is very healthy.

To make you dream a little, to free your mind from this gray Monday in Paris, dear readers (at least for those who are under a grey sky… those who are in Hawaï, I don’t want to speak to you right now), a magical « Clair de Lune » by violonist Oistrakh… (see above).

Publicités
Galerie | Cet article, publié dans Jeu, Piano, Technique, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s