Le Top 10 de la musique classique au cinéma – 1ère partie – Classical Music Hits in Cinema – 1st part

English Version Below.

Cher lecteur, tu te doutes qu’un tel classement n’est qu’un prétexte à babiller musique. Il y a au moins deux façons d’envisager la musique au cinéma. Soit elle y est anecdotique; on goûte le plaisir de la découvrir au coin d’une scène. Soit elle est un élément central, constitutif du film, au point qu’elle finit par faire partie de son ADN. Bien des années après, on se souvient autant du son que de l’image. C’est le cas par exemple pour Mort à Venise, Orange Mécanique, ou les films explicitement musicaux, comme Amadeus.

10. La mort à Venise (Luchino Visconti) – Gustav Mahler, Symphonie n°5, « Adagietto »

Cette symphonie fut rendue populaire par le succès du film de Visconti, auquel la palme d’or fut décernée en 1971. Herbert Von Karajan, toujours dans les bons coups, sentit le vent tourner pour Mahler, compositeur réputé difficile, et enregistra sa cinquième symphonie en 1973. Le film est un peu sur la mort, un peu sur Mahler, un peu sur la quête impossible de l’idéal esthétique, sur le post romantisme (Mahler est un compositeur dit « néo romantique »… comprenez, dans l’élaboration de sa pensée musicale « Beethoven, Wagner and beyond »), le temps qui passe, l’amour impossible… très peu sur Venise. Bref, c’est du sérieux. Mais du sérieux très beau. L’Adagietto (adagio, mais pas trop), écouté au casque, vous plongera assurément dans une rêverie romantique ou métaphysique, selon vos penchants personnels…

9. La grosse artillerie … Orange mécanique, 2001 l’Odyssée de l’espace et Barry Lyndon de Stanley Kubrick… Beethoven, Schubert, Purcell et Haendel…

Bon. C’est la très grosse artillerie du classique au cinéma. Kubrick est un génie du genre… titanesque. Il se comprend qu’il ne convoque rien de moins que des géants pour  porter musicalement ses films.

Barry Lyndon est une synthèse panoramique du 18ème siècle sous la forme d’un hommage à la forme narrative du conte philosophique, genre littéraire très prisé à l’époque. Candide, Zadig (de) Voltaire, Les lettres persanes, enfin tout cauchemar de lycéen français qui se respecteL’idée est de satiriser une société sous couvert d’une histoire, souvent un peu crétine. L’effet est d’illustrer l’émergence de l’idée d’un individu libre des formes anciennes de sujétion alors en voie de péremption (royauté, privilèges aristocratiques etc. tout ça balayé par les révolutions américaines, françaises… au moins jusqu’à l’arrivée de Goldman Sachs). Qu’y voit t-on? Un individu qui déambule dans son siècle, auquel il arrive des aventures, malheureuses, heureuses, dramatiques, de toutes sortes… Avec une morale philosophique pour enrober le tout, le plus souvent ironiquement optimiste. Barry se trouve donc confronté à la rencontre des formes sociales de l’époque, principalement l’armée et l’aristocratie, la bourgeoisie n’ayant pas encore tout à fait émerger en tant que sujet politique. Chaque étape de son ascension sociale est sanctionnée par un duel. L’homme est un loup pour l’homme, Hobbes vous l’avez bien dit. Barry incarne l’archétype du self made man, mythe à faire courir les masses. Il faut bien les motiver par quelque chose.

La logique de l’ordre ancien, celui de l’honneur, est illustré musicalement par la Sarabande de Georg Friedrich Haendel, compositeur allemand devenu sujet britannique. La sarabande est une danse que l’on pratiquait à l’époque baroque. Une musique en forme de marche cadencée, lente, digne, noble et très émouvante. On est encore un peu les pieds dans le 17ème. Ecoutez les basses dans la scène du duel (Notez aussi l’introduction du clavecin à la fin de la scène)  :

La version orchestrale de la bande originale

L’autre pièce très présente dans ce film est l’Andante du trio n°2 opus 100 de Schubert. Là encore, on trouve un rythme solennel et inexorablement cadencé à la basse (la logique de l’honneur), à laquelle s’ajoute une mélodie très expressive dans le registre médium (la logique de l’homme libre). Kubrick ne laisse rien au hasard. Schubert, comme Beethoven, et comme nous tous, était entre deux temps. C’est la dialectique du libre et du moins libre. Ci-dessous, une très belle interprétation du trio Wanderer.

Orange mécanique est un film difficile d’accès. Il faut dire qu’il a quelque chose de profondément anglais. Nous autres français ayant semble t-il pour rôle dans l’univers de leur servir de pôle antithétique, il nous est très difficile de parcourir les méandres de leur pensée sans tomber tôt ou tard sur un abîme d’incompréhension. Il faut dire aussi que par le passé les deux pays ont eu une fâcheuse tendance à vouloir s’approprier le monde. Et comme les nations sont faites d’hommes. L’homme étant un loup pour l’homme. Les nations se font la guerre. CQFD. Merci Hobbes.

Le thème introductif d’Orange Mécanique est un hommage de Kubrick à Purcell. Pucelle avec un « r » et sans « e ». Purcell est LE grand compositeur britannique. En 1695, il composa une musique pour les funérailles de la reine Mary, une sorte d’ancêtre du Requiem (une messe des morts), dont la marche funèbre accompagna l’entrée du cercueil de la défunte dans Westminster. C’est une musique à la fois solennelle et intime (on a envie de laisser les anglais se recueillir, ça les concerne). Le décès de la reine Mary marqua les esprits. C’était un peu la Diana Spencer de l’époque. Pour nous français, c’est aussi l’équivalent musical de l’oraison funèbre à la reine Henriette d’Angleterre de Bossuet. Pourquoi une introduction si « anglaise »? Kubrick pleure t-il la lobotomisation des fils d’Albion par des couples de petits bourgeois péri-urbain à l’esprit asséché?  et il-ne-faut-pas-s’étonner-que-le-tout-déborde-dans-un-océan-de-violence-de-rage-et-de-haine?

Dans la version écrite pour Orange Mécanique, la musique est arrangée pour synthétiseur modulaire par Wendy Carlos. C’est du meilleur effet.

La version originale:

La version Orange Mécanique:

Deuxième grande pièce du film, le 2ème mouvement de la neuvième symphonie de Beethoven. L’énergie libidinale refoulée du héros revient au galop. Le rythme très syncopé et fugué donne l’idée d’une montée d’énergie et d’excitation.

Et puis Rossini, la légèreté dans la joie du passage à l’acte qui vient illustrer les scènes violentes. La musique amusée de Rossini traduit l’état mental du personnage. Ouverture de La Gazza Ladra, opéra créé en 1817. (Orchestre de l’Union Européenne, direction: Luis Bacalov).

8. Qui veut la peau de Roger Rabbit (Robert Zemeckis) – Franz Liszt, Rhapsodie Hongroise n°2 (« Friska »)

Cette Rhapsodie pour piano est la plus populaire des 19 qu’a composé Liszt. Très utilisée dans les dessins animées, notamment dans Tom et Jerry. C’est d’ailleurs cette pièce, entendue dans Tom et Jerry, qui décida Lang Lang à se mettre au piano. Lang Lang joue ici une version arrangée et poussée vers  davantage de virtuosité du texte de Liszt. S’ajoute à l’extrait joué par les canards dans Roger Rabbit, un magnifique solo de jazz chanté par Jessica Rabbit, alias Peggy Lee: « Why don’t you do right? », une chanson écrite par Kansas Joe MacCoy en 1936, devenue un standard.

A bientôt pour la suite

English Version

Dear reader, I will not lie to you. Such a ranking is just an excuse to speak about music. There are at least two ways of looking at music in films. The first one is anecdotal: one tastes the pleasure of discovering music, familiar or unfamiliar, at the corner of a scene. The second one is to see it as a central element, a core constituent of the film, so that it becomes part of its DNA. Many years later, we remember it all: sound and image. This is the case for Death in Venice,  a Clockwork Orange, or even more explicitly, in a movie like Amadeus.

10. Death in Venice (Luchino Visconti) – Gustav Mahler, Symphony No. 5, « Adagietto »

Mahler’s fifth symphony was made popular by the success of the film by Luchino Visconti, that was awarded the Palme d’or at Cannes film festival in 1971. Herbert Von Karajan, always ready  for extra money, felt that Mahler was to become the next « vache à hit » and decided to record his fifth symphony in 1973. The film is a little bit about death, a little bit about Mahler as a composer, a little bit about an impossible quest for an esthetic ideal, impossible romance (Mahler is a neo Romantic composer… understand that the motto of his musical thought is « Beethoven, Wagner and beyond »)… In short, serious stuff. But still very beautiful. The Adagietto (adagio, but not too much), listened with your headphones will certainly plunge you into a reverie, either way romantic or metaphysical, depending on your personal inclinations …

9. The big guns now … Clockwork Orange, the 2001 Space Odyssey and Barry Lyndon by Stanley Kubrick … Beethoven, Schubert, Purcell and Handel …

Well. This is the very heavy artillery of classical music in movies. Kubrick is a titan. As a result, his favorite composers are titans.

Barry Lyndon is a panoramic overview of the 18th century. Its narrative is a tribute to the « conte philosophique », a story with a philosophical meaning and a very popular literary genre at the time. Candide, Zadig (de) Voltaire, the Persian Letters, the nightmare of every self-respecting high school French student  … The idea is to satirize a society under the guise of a story, even if a little dumb. The effect is to illustrate the emergence of the idea of ​​a free individual against old forms of social domination, then expiring (monarchy, aristocratic privileges and so on. swept by the American Revolution, the French one … at least until the arrival of Goldman Sachs). What do we see in Barry Lyndon? An individual who travels Europe, and his century, space and time, unhappy, happy, extatic and desperate. Barry is faced with the social forms of his time,  the army and the aristocracy, as a member of the bourgeoisie (middle class) slowly emerging as a political subject. Each step of his upward mobility is marked by a duel. Homo homini Lupus said Hobbes. Barry embodies the self-made man, that cultural myth used to make the masses run. They have to be motivated by something right?

The logic of the old order, that of honor, is musically illustrated by George Frideric Handel’s Sarabande. Handel was a German composer who became a British subject. And The sarabande is a dance that was practiced in the Baroque period. It’s a slow movement, dignified, noble and very moving. It still has a foot in the 17th. Listen to the bass in the duel scene (Also, note the introduction of the harpsichord at the end of the scene):

The orchestral version of the soundtrack

An other very important piece in this film is the Andante from Trio No. 2 Opus 100 by Schubert. Again, there is a solemn and inexorable pace clocked in the low (the logic of honor), combined with an expressive melody in the mediums (the logic of free will). Kubrick leaves nothing to chance. Schubert, like Beethoven, and like all of us, was in between times. It illustrates the dialectic of free and less free. Here is a great interpretation by Trio Wanderer (see in the french version zone)

Clockwork Orange is a bit difficult to understand. There is  something deeply British about it. As it seems that, as french, our role in the universe is to act as their antithetical pole, it is very difficult to navigate the twists and turns of their thinking process without falling sooner or later over  an abyss of misunderstanding. It must be said that in the past our two countries have had an unfortunate tendency to take over the world. And as nations are made of men. And Homo Homini Lupus. No surprise that nations are doomed to war. Thank you Hobbes.

The introductory theme of A Clockwork Orange is by Purcell. Purcell is « Pucelle » (our Jeanne) with an « r » and no « e ». Purcell is THE great British composer. In 1695, he composed a music for the funeral of Queen Mary, kind of the Requiem ancestor (a mass written for the dead). The funeral march accompanied the entry of the deceased queen in Westminster. This is a music both solemn and intimate (to a certain extent one feels that he has to leave the English alone with their mourning). The death of Queen Mary deeply affected the english people. She was kind of the Diana Spencer of her time. For us French it is the musical equivalent of the funeral oration to Queen Henriette by Bossuet. Why did Kubrick chose such a « british » introduction?  does he mourns the lost generation of Albion’s sons, lobotomized by their middle-class suburban indifferent parents? and-not-so-surprising-that-it-all-ends-up-in-tears-violence-and-drama?

In the version written for A Clockwork Orange, the music is arranged for modular synthesizer by Wendy Carlos. Very efficient.

The second major work in the film the second movement of Beethoven’s Ninth Symphony. The hero’s repressed libidinal energy is back. The pace and very syncopated fugue gives the idea of ​​rising energy and excitement.

And Rossini is used to illustrate the lightness in the joy of acting out. Opening of La Gazza Ladra, an opera created in 1817. (Orchestra of the European Union, direction: Luis Bacalov).

8. Who Framed Roger Rabbit (Robert Zemeckis) – Franz Liszt, Hungarian Rhapsody No. 2 (« Friska »)

The Rhapsody is the most popular among the 21’s Liszt composed. Widely used in cartoons, including Tom and Jerry. It is this piece, heard in Tom and Jerry, that decided Lang Lang to play the piano. Plus: a great jazz solo sung by Jessica Rabbit, aka Peggy Lee: « Why don’t you do right?« , A song written by Kansas Joe McCoy in 1936 that became a standard. Good listening to you all.

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