Jean-Michel Basquiat ou le succès – About « committing » success

English Version Below.

Il m’est venu récemment de réfléchir au problème (si l’on veut que cela en soit un) de la création artistique et de ce qui fait qu’un artiste est entendu ou non. Qu’il reste dans le temps ou qu’il soit oublié. Qu’il s’agisse de littérature, de musique ou de peinture. Bien que les modalités d’expression dans ces trois arts soient très différentes.

Pourquoi  les oeuvres de Jean-Michel Basquiat, comme celles de Pablo Picasso en leur temps, sont-elles si valorisées? Est-ce que cette valorisation dit quelque chose de la « qualité » de son travail? Au final, que peut-on dire de l’art? Est-ce qu’il est possible de dire quelque chose de l’art qui ne soit pas parfaitement accessoire, superfétatoire au regard de la puissance propre de l’oeuvre, qui se passe de mots. Fait-on de l’art pour ne pas avoir à en parler, et, finalement, pour nous reposer du piège des mots, de ce qu’ils ont d’insatisfaisants, signes qu’ils sont de notre frustration à l’impossibilité de faire corps avec le monde?

La première précaution à prendre lorsque l’on s’intéresse à l’art du point de vue de la valorisation marchande des oeuvres, c’est d’avoir à l’esprit que c’est la reproductibilité à l’infini des images qui rend mécaniquement possible la valorisation exponentielle de quelques unes d’entre elles. L’ « authentique » et l’ « original« , c’est à dire la rareté, atteignent, c’est aussi simple que ça, des sommets.

Les impressionnistes font figure d’étoiles dont on ne contemple qu’une lumière incidente, issue d’une période antérieure à la grande boucherie de 1914-1945, et dont les européens ne peuvent plus que palper approximativement un lointain et heureux mystère. Comme en astronomie la matière bouillonne brille et s’enflamme à l’orée d’un trou noir, la vie artistique d’avant guerre, et dans une moindre mesure celle de l’après guerre, apparaît nimbée d’un âge d’or qui dans la réalité du vécu des personnes ne fut peut être rien d’autre que très hypothétique. Quant à la valorisation extrême des oeuvres de Monet, Manet et consorts, il s’y trouve la qualité unique et révolutionnaire de leur travail, en somme le rapprochement de l’art avec l’expérience d’être au monde, ainsi que la reproductibilité à l’infini rendu possible par les techniques modernes, qui fait que l’original se voit porté au sommet, son propriétaire désormais peut-être bercé de l’illusion que son pouvoir économique le tient au plus près du « coeur » des choses.

Andy Warhol a parfaitement compris et symbolisé ce trait de l’art contemporain. Miroir de la société d’ hyper consommation qui naissait dans les années d’après guerre, il en a d’emblée perçu l’inanité. Cette inanité qu’elle creuse dans les âmes au bénéfice de ce mouvement perpétuel de l’avidité qui, s’il n’est tempéré par les autres forces qui font le bonheur sur terre, mène à des catastrophes.

Andy Warhol, ami et mentor de Jean-Michel Basquiat, s’est placé avec une lucidité intelligente, le temps de la période qui lui fut dévolue, au sein de ce champ artistique dirons-nous « occidental », et plus simplement européen, tout en la symbolisant dans son oeuvre, lorsqu’il privilégie par exemple la reprographie à grande échelle sur le dessin, ou en dessinant des boîtes de soupe; de manière à ce que l’art acquiert pleinement son rôle de figuration des champs de force propres à la société qu’il vivait, et leur conséquence sur nos âmes, puisque une oeuvre d’art est aussi, de part sa brute inutilité, un miroir tendu à notre intériorité. Son geste artistique fut le témoignage de la détresse esthétique qui lui fut propre et d’un sens valeureux de l’engagement de l’artiste dans la société. Chaque artiste a sa détresse, et tourne autour du pot à sa façon, parfois charmante.

Fatigué peut-être de s’être tant immergé au monde contemporain, Andy Warhol reprit le dessin au soir de sa vie sous l’influence filiale et bienveillante de Jean-Michel Basquiat, comme un retour à l’unité fondamentale du geste artistique, et du plaisir qui lui est propre et irréductible. Ces deux là étaient bien des artistes, et non des publicitaires, qu’il ne faut pas moquer car ils ont aussi leurs propres détresses, à commencer par celle de ne pas se sentir suffisamment artiste pour pouvoir se passer de soumettre leur créativité à la vente de couche-culottes.

Cette intuition du champ de force auquel est soumis l’art en tant que l’on se souviendra de lui comme emblématique d’une époque s’assortit chez Jean-Michel Basquiat d’une conscience formée et cultivée de l’histoire esthétique. C’est à dire de l’esthétique comprise  aussi comme lutte de pouvoir, critiquée plus tard de son  point de vue comme étant le monopole historique d’une minorité blanche possédante, esclavagiste, avant de devenir tranquillement exploiteuse. En même temps qu’il désirait très fortement s’adjoindre à se prestige de figurer en bonne et due forme dans la galerie des portraits du grand escalier. Paradoxe qui fut à la fois le lieu d’une intense souffrance personnelle et une ligne de force de son art. On ne se demandera plus pourquoi les gens lucides trahissent de tels ténèbres dans leur regard.

Nous sommes donc en présence d’un peintre chaperonné par l’intelligence aigüe du champ des forces politiques à l’oeuvre dans le domaine de l’art et qui souhaite se placer d’emblée dans la lignée des grands noms auprès desquels il forma son goût lorsqu’emmené par sa mère il visitait les musées du centre ville de Manhattan.

Le succès fulgurant de Jean-Michel Basquiat a beaucoup fait jaser les gardiens auto-proclamés de l’art contemporain. Il ne faut jamais oublier qu’il est de la nature d’une autorité d’être proclamée.  Jamais il ne faut se laisser intimider par qui ce soit même si c’est plus facile à dire qu’à faire. Signe des temps, si les gardiens du temple du bon goût ont émis un battement de cil, c’est peut-être qu’ils se sont sentis menacés.

Untitled, 1981 – Acrylic and mixed media on canvas – 81 x 69 1/4 in.

La vie et l’oeuvre de Basquiat, outre qu’elles sont très illustratives de son temps, bousculent en nous des questions  de toute sorte. En particulier sur notre sort d’êtres organiques aimants dans une société à économie ultra libéralisée.

Qu’est ce qui fait que l’on est artiste ou non? L’oeuvre et la vie sont indissociables. La vie de Basquiat fut une comète tôt fauchée. Mort à 27 ans du produit toxique par lequel il signifiait une appartenance malade à la dyade  mortifère du couple parental, Jean-Michel Basquiat fut aussi le dépositaire d’une force puissante et mystérieuse, très liée à ses origines haïtiennes (iwa). Cette force le poussa à revêtir une fonction de messager. Notre inconscient collectif est baigné de mythologie antique. L’artiste-comète Jean-Michel Basquiat éveille l’imago mythique d’Hermès Trimégisthe, messager divin et réparateur. Il fut une sorte de synthèse personnifiée des années 80, promis à la vitesse et à la fulgurance. La cohérence de la vie et de l’oeuvre chez cet artiste qui ne cessait de travailler, confirment le sain parti pris d’envisager l’homme comme un être total. L’homme est langage. De la naissance à la mort. Oscar Wilde l’avait dit en attirant notre attention sur le fait que sa vie était sa véritable oeuvre d’art… ses productions matérielles faisant office de sécrétions temporaires avec pour destination d’assurer une subsistance tolérable aux yeux des autres, le marché, la société, l’histoire etc…

« Head »

Pour quelle raison cet artiste indéniablement talentueux reste dans les têtes? Par quel truchement sont oeuvre a t-elle pu atteindre des sommets de valorisation sur le marché de l’art contemporain? La haute société new-yorkaise s’est-elle donnée le mot, l’aristocratie éphémère de la finance et du succès, cette partie de la pomme conduite par des hommes au plus haut point anxieux de la mort et de la fuite du temps ? Ou bien son talent révèle t-il quelque chose de l’ordre de la magie, d’une vérité qui serait communiquée à un certain niveau de notre âme, et, à ce titre, universelle? Jean-Michel Basquiat, comme beaucoup d’artistes, tient du médium. Le haut du panier est en haut du panier parce que l’angoisse de perdre y est la plus forte, à nul autre place dans la société des hommes s’illustre la force centrifuge ayant pour mot d’ordre homo homini lupus (le loup étant l’animal social par excellence). L’angoisse était d’autant plus aigüe dans les années 80 que les succès financiers exponentiels étaient d’essence spéculative: le sentiment d’usurpation explosait dans les inconscients. A ce titre, Jean-Michel Basquiat joue astucieusement son rôle de bouffon du roi. Minorité de fait, Il exploite la culpabilité refoulée des dominants du temps. Il est le grain de sable dans la machinerie infernale de l’Eden parfait, irréalisable sur terre, vorace de rêves brisés, d’énergies individuelles névrotiquement crispées sur leur existence, à vouloir toujours plus… au point d’être éternellement avides (voir à ce titre le personnage principal du roman American Psycho  de Bret Easton Ellis). Lui-même ne s’illusionnait guère sur ce qu’il désirait: le meilleur de ce que pouvait lui offrir Manhattan: L’argent, le succès, la célébrité. Dans les années 80, « tout était possible » Curieusement, on dit « tout est possible » lorsque si peu l’est.

Son art, faussement spontané, extrêmement raffiné, revendique son appartenance à une lignée de grands peintres. Mais il exprime aussi la voix des minorités asservies et humiliées. Ceux qui n’ont rien à perdre. Il tape là où ça fait mal. D’abord en tant que graffiteur: Origin of Cotton (voir ci-dessous) sur le mur d’enceinte d’une usine: synthèse exacte de ce qui doit être exprimé de cet endroit, dans le contexte du succès effervescent des années Reagan. Pour que ceux du haut se gavent perpétuellement, ceux des Enfers doivent souffrir éternellement. Ainsi se forme le monstre organique et insensé de l’économie humaine: un Léviathan, plus froid qu’un monstre froid. Basquiat, middle class, fils de comptable, frappe à la porte des élites. Sa mobilité sociale et géographique se résumera à la traversée d’un bras de l’Hudson. Alors encore sans domicile fixe à la fin des année 70, il écrit de courts poèmes sur les murs sous le nom de SAMO (Same Old Shit). Il a conscience que les yeux sont partout. Manhattan est si petit dans sa grandeur, à l’image des ego qui le font vivre, tout de verticalité vide et abstraite. Au final, c’est une terre acquise sur l’échange de  breloques.

L’intérêt de l’élite, si profondément avide d’exister, ne tarde pas à naître. Deuxième période donc: le succès. Andy Warhol faiseur de stars, les vedettes, la publicité, l’argent à flot, les galeries d’art, pas encore les musées. Des murs il passe aux supports trouvés dans la rue (cadres de fenêtres, frigidaires etc) puis aux toiles et aux galeries d’art. La haute société s’approprie le hip-hop pour couvrir ses arrières: « oui le rêve américain est possible, regardez Jean-Michel: Il sort du caniveau ! » (Basquiat était d’origine moyenne bourgeoise). Et tout le monde continue de travailler sans mot dire. Parce que tout le monde veut tellement y croire. Basquiat appartient à ces destins que l’on met ainsi en vitrine. Il faut bien que l’économie tourne. Les plus malins tentent leur chance et deviennent les héros des quartiers périphériques.

Les oeuvres de Basquiat sont à l’époque moins revendicatrices mais toujours énergiques au plus haut point. Elles donnent de la vie. Elles sont dans la vie, dans le mouvement… Elles font « BOOM », comme il disait. Basquiat capture l’instant, car il a compris qu’il n’y avait que ça et que c’est ce qu’il fallait montrer à ses semblables. Que nous vivons sur du vide, en permanence. Succès usurpé? Les tenants de la bien-pensance artistique feignent l’offense (pour résumer: les gardiens du goût de ceux dont la prospérité est depuis plus longtemps installée)  et lui ferment le temple au nez: « il restera comme un épiphénomène dans l’histoire de l’art »  pontifie un critique, comme s’il devait exister quelque chose comme  l’histoire de l’art…) dans le documentaire de Tamra Davis, the radiant child. De même, pas d’exposition au Whitney Museum de son vivant.

Charlie Parker Be Bop

Enfants nous croyons habiter une même terre. Adultes nous voyons des crevasses béantes qui nous séparent des autres. Les destinées se mettent à être verticales. Le succès de Jean-Michel Basquiat finit par être intenable. Trop de jalousie, éveil de la parano à plus ou moins juste titre (c’est le propre de la parano),  puis finalement une solitude d’une tristesse abyssale. New-York est une fête, mais pas pour très longtemps. Il meurt d’une overdose d’héroïne en 1988.

Jean-Michel Basquiat ne se doutait pas qu’en provoquant ainsi les forces de son époque, il se tenait tel Siegfried face au Dragon. Il jouait avec le feu. Il titillait des puissances qui le dépassaient. Si dans l’art il subsiste éternellement quelque chose d’eux, dans la réalité, les hommes s’entre-tuent. Pris au piège de sa valeur ascendante sur les marchés, il eut à consumer sa force intérieure. Toujours plus. Tout le monde était alors pris dans cette frénésie de l’argent facile, Wall Street, la spéculation, l’ultra-libéralisme… les crétins asservis allaient bientôt interpréter la chute du mur pour le signe magique du triomphe de la société libérale, l’avènement du capitalisme décomplexé. Il eut à consumer sa force intérieure. Sans jamais trouver soutien pour qu’elle se régénérât dans son entourage. Sauf auprès d’Andy Warhol, véritable ami dans un milieu carnassier, hostile, vaniteux, vide. D’ailleurs, Basquiat ne survécu pas longtemps à la mort de Warhol, en février 1987. Au final, rien n’avait été réglé de son équation intérieure. Aucune question sur le fait que tout son cirque n’était autre que l’enfant prisonnier de ce corps d’adulte hurlant à l’amour et à l’estime d’un père qui le niait.

Miles Davis

Et voilà Basquiat statufié, momifié, muséifié. Cristallisé et rendu inoffensif par le dispositif d’éternité tissé par les classes dominantes pour assurer leur domination symbolique sur l’histoire. La muséification est une castration post-mortem. Il n’est peut-être pas si étonnant qu’elle soit venue si vite dans le cas de Jean-Michel Basquiat. Lorsqu’on ne peut lutter contre la vérité, on la met sous verre. L’oeil muséal est ainsi celui porté sur une oeuvre vaincue, à jamais figée dans le temps, et dont on ne perçoit que trop tard, de trop loin, la flamme intense et subversive. La muséification est l’aval ultime porté à la valeur la plus haute sur le marché de l’art. Un certificat de placement efficace. La  force des dominants est de savoir gagner du temps sur la rage à être de ceux qui perçoivent qu’ainsi en cette vie ils n’auront ni les moyens ni le temps de les supplanter.

« Riding Death » 1988. Touching painting from his latest exhibition. He was dying: couldn’t you see it?

English version.

Artistic creation: What does it take for an artist to be understood? How does some of them remain whereas others are doomed to oblivion?

The first precaution to bear in mind when one look at art as a market is that the extreme valuation of some works is only made ​​possible by their infinite reproducibility. The « authentic » and  » original » , ie what economists call « scarcity », those even before the era of mass reproduction , reach insane prices (it is as simple as that) as a mechanical effect.

From that point of view, the impressionists figure stars from which one may only contemplate an incident light. A light from a period before the great slaughter of 1914-1945 , which europeans can only look across an abysmal gap. There is also an emotional aspect, in addition to let’s say « unreasonable » pricing of some works of art that has something to do  with  neurotically clinging to relics from before the great ruin. Painters from that time maybe had a pre- science , an intuition of a world about to be upset, as their work also is a celebration of being present to life,  with the palms of virtuosity handed over the first of them , Claude Monet. Like a golden age forever lost .

Andy Warhol, a friend and mentor of Jean- Michel Basquiat, took his position in the so called Western (as maybe « nevermore » european)  field of art with intelligent insight, the specific era he had to deal with, while at the same symbolizing it in his work , focusing on copying large scale drawing, or drawing soups cans, so that contemporary art acquires its full role of figuration of the forces specific to the society he lived in. And also,  their very effect on our souls , as a work of art is, by its gross futility, a mirror to our inner selves. His artistic gesture was at once the testimony of an aesthetic distress and a strong sense of political commitment.

Andy Warhol came back to drawing in the evening of his life under the caring and filial influence of Jean-Michel Basquiat, as a return to the fundamental unity of the artistic gesture, with a pleasure of its own, the irreducible experience, so fundamentally human, that is the practice of an art. Here is for: They were artists, and no marketers.

Jean-Michel Basquiat died in 1988. His  success disturbed many of the self proclaimed guardians of good taste in the world of contemporary art. But if the guardians of the temple of good taste were disturbed in their sleep, it’s somewhat that they felt threatened.

The life and works of Basquiat, besides being very illustrative of his time, raise questions of many kind. In particular, our fate as organic beings in a society magneted by an ultra liberalized economy. Yes, nothing less.

What makes that one is an artist or not? Basquiat’s life was a comet soon broken. He died at 27 years of a heroin overdose. His fate belonged to the deadly trap of a toxic parental couple. Yet Jean-Michel Basquiat was the custodian of a powerful and mysterious force, closely linked to his Haitian origins (iwa). This strength led him to assume the function of a messenger. Our collective unconscious is bathed in ancient mythology. Jean-Michel Basquiat comet awakens the imago of  mythical Hermes,  messenger of the gods. He was kind of a summary of the eighties, promised to speed and brilliance. The coherence of his life and work confirms the healthy bias to consider man as a total being. Man is language. From birth to death. Oscar Wilde had drawn our attention on the fact that his life was his real work of art … his material production were only second, ensuring his position as a tolerable living being to others, market, society, history, etc …

« Head »

Why does this artist so undeniably talented (he’s not the only one) stay in our collective mind? What makes that his work skyrockets in the market of contemporary art? The highest New York society, the aristocracy of finance and short-lived success, this part of the apple led by men of utmost anxiety about death and time, decided to make him a king.  Or is that his talent had something magical, an occult truth that is communicated only to a certain level of our subconscious? Jean-Michel Basquiat, like many artists, was a medium. The top of the toast ot the town  is at the toast of the town because there the fear of losing is the strongest. No other place in society is inhabited by such a centrifugal force. Homo homini lupus (the wolf is the social animal par excellence). The anxiety was particularly acute in the 80’s when some financial successes were exponential however speculative: the feeling of usurpation exploded in the unconscious. As such, Jean-Michel Basquiat cleverly played the role of the Court Jester. Taking the political position of belonging to a minority as an emblem, he plays on the guiltiness of the dominant. He is the little particle of sand in the infernal machinery of a perfect anattainable Eden that some of us desperately try to realize on earth, voracious of broken dreams, fueled with the energy of individuals neurotically clutched to existence, always wanting more, more and more … to the point that they are eternally hungry (see in this respect the main character of American Psycho by Bret Easton Ellis). Basquiat himself had no illusions about what he desired: the best of what Manhattan had to offer: money, success, fame. In the 80s, « everything was possible » Surprisingly, we say « everything is possible » when so little is.

His art, falsely spontaneous, extremely refined, claims his belonging to a dynasty of great painters. But it also expresses, among other things, the voice of the minorities, enslaved and humiliated, that helped build a powerful nation. He sensed, in the 80s, that their time was about to come. Those who have nothing to lose. So he strikes where it hurts. First as a graffiti artist: Origin of Cotton (see below) right on the wall of a factory. An accurate summary of what needs to be expressed here in the context of the sparkling success of the Reagan years. For those at the top stuff themselves constantly, they must suffer eternally in Hell. Thus is formed a monstruously organic human economy: a Leviathan, a monster colder than cold. Basquiat, middle class, the son of an accountant, knocks on the door of the elite. His social and geographical mobility comes down to the crossing of the Hudson river. While still homeless at the end of 70s, he wrote short poems on the walls under the name SAMO (Same Old Shit). He is aware that in the city, eyes are everywhere. Manhattan is so small in his greatness, like the ego that make it live, vertical empty and abstract. Finally, it is a land acquired on the exchange of trinkets.

The interest of the elite now raises. It’s time for success. Andy Warhol, maker of stars, celebrities, advertising, money, art galleries, no museum yet. From Walls he goes to paint on media found in the street (window frames, refrigerators, etc.) and then official paintings and art galleries. High society takes on the hip-hop to cover its rear, « Yes the American dream is possible, look at Jean-Michel: he comes from the gutter! » (Basquiat was of average middle-class). And everyone keeps on working without a word. Because everyone wants to believe it. Basquiat is on display at the front of the shop. People must believe it. The smarter ones try their luck and become the heroes of distant and poor suburbs.

In the early 80s, Basquiat’s works are less political but always energetic to the highest point. They give life. They are life, movement … They « BOOM », as he said. Basquiat captures the moment as he realizes that there’s nothing else. He shows it, that’s his vocation. We live on a vacuum. Stolen success? The guardians of good taste feign the offence (to summarize: the guardians of the taste of those whose prosperity has been installed for a longer time) and close the temple. « He will remain as an epiphenomenon in the history of art » pontificates a critic, as if there had to be something like history of art, in the documentary by Tamra Davis, the radiant child. Similarly, no exhibition at the Whitney Museum during his lifetime.

« Be Bop » Charlie Parker

We believe as children that we live on the same continuous land. Adults we see the gaps that separate us from others. Destinies start to be vertical. The success of Jean-Michel Basquiat came to be unbearable. Too much jealousy, paranoia awakening, true more or less (that’s what paranoïa is), and finally a solitude of unfathomable sadness. New York is a party, but not for a very long time. He dies of a heroin overdose in 1988.

Jean-Michel Basquiat had no idea that tackling the forces of his time he stood face to face with a Dragon. He played with fire. He played tricks on powers that exceeded him. If in art there’s always something that remain of them, in reality, men kill each other. Trapped in his soaring market value, he had to burn his inner strength. More and more. Everyone was so caught up in the frenzy of easy money, Wall Street, speculation, liberalism… the morons were soon eager to interpret the fall of the wall as the magic sign of the triumph of uninhibited liberal capitalism. He found no support. Except in Andy Warhol, a real friend in a predatory, hostile, vain and empty environment. Basquiat did not long survive his death in February 1987. Finally, nothing had been settled from his interior equation. No question about the fact that all his show was nothing more than an inner child screaming for the love and esteem he could not obtain from his father.

Miles Davis

And then post mortem Basquiat. Statufied, mummified, museified. Crystallized and rendered harmless by this device of eternity built by the ruling classes to ensure a symbolic domination on history. Kind of a post mortem castration. No wonder it came so quick in the case of Basquiat. When you cannot fight  the truth,  put it under glass. The eye in the museum is focused on a vanquished work, forever frozen in time, its intense and subversive flame seen too late, too far away. Museification is the ultimate endorsement of high art. An effective investment certificate. The strength of the dominant is to save time in regards to the rage of those who perceive that therefore in this life they will have neither the means nor the time to replace them.

« Riding Death » 1988. Touching painting from his latest exhibition. He was dying: couldn’t you see it?

You must have chaos within you to give birth to a dancing star.
                                                       – Friedrich Nietzsche

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