Le clavier bien témpéré – The well-tempered clavier – Piano’s bible

English version below.

« Clavier bien tempéré, ou préludes et fugues dans tous les tons et demi-tons, tous deux avec la tierce majeure ou ut, ré, mi et avec la tierce mineure ou ré, mi, fa. Pour la pratique et le profit des jeunes musiciens désireux de s’instruire et pour la jouissance de ceux qui sont déjà rompus à cet art. »

JS Bach.

Le clavier bien tempéré de J-S. Bach est la bible de la musique tonale pour piano. Du point de vue de l’apprentissage de la technique de jeu, il est l’alpha et l’oméga. D’une part il permet de travailler dans toutes les tonalités majeures et mineures des pièces réjouissantes à l’oreille. D’autre part il permet d’apprendre la maîtrise polyphonique (savoir faire vivre des voix différentes simultanément, décalées, inversées) et le contrepoint. Bach l’a composé pour prouver qu’il était possible d’écrire harmonieusement dans les 24 tonalités. C’est une sorte de traité d’harmonie sur clavier.

Du point de vue de l’effort physique proprement dit, le travail sur le clavier bien témpéré est optimal car il permet d’allier l’indépendance des doigts et le jeu « legato » (lié).

Pour couronner le tout le CBT est composé de pièces courtes,  assimilables sur un temps réduit, les Préludes et Fugues. Un Prélude est une pièce introductive, écrite dans la tonalité « d’exercice » (la tonalité que Bach s’impose dans son exercice de composition). La fugue correspond à cette même tonalité et met en scène un sujet dont la mélodie est reprise polyphoniquement.

Certains professeurs de pianistes destinés à devenir  professionnels exigent d’apprendre un prélude et fugue par semaine, parfois couplé avec une étude de Chopin. C’est, il faut le dire,  assez exigeant.  Pour un pianiste débutant, on peut recommander certains préludes abordables très utiles au renforcement de la force des doigts et à l’assouplissement du travail du poignet, dont quelques exemples sont donnés ci-dessous. Lorsqu’on travaille ces pièces, il faut s’efforcer de maîtriser le son produit par chaque doigt dans un effort permanent de synthèse. C’est pourquoi il est recommandé de travailler par groupe de quelques mesures. Et bien sûr, travailler les voix indépendamment, les mains séparées etc.

Le Prélude 6 en ré mineur est ainsi abordable. Ecoutez la version de F. Gulda, extraordinairement scrupuleuse d’un point de vue rythmique. On s’aperçoit que le respect du rythme donne toute son ampleur dramatique à l’exécution. L’unique élève de Gulda, Martha Argerich, a toujours retenu cette aspect primordial. Si vous voulez faire de l’effet, soyez obsédé par le rythme ! Le rythme est l’élément de l’exécution qui confère avec le plus d’efficacité leur dimension véritablement spontanée aux chefs d’oeuvre du passé.

Le prélude 21 du premier livre est, contrairement aux apparences, car il est très rapide, très abordable. A commencer à travailler très lentement et très respectueusement de la mesure:

Le prélude 5 est celui que l’on donne en général en premier à étudier:

Bien sûr, le très célèbre premier prélude.

Le clavier bien témpéré a inspiré bien des compositeurs après Bach. Chopin, admirable pédagogue, disait à l’une de ses excellentes élèves, peu avant sa mort, de surtout ne jamais arrêter de travailler ce compositeur. Il donnait ainsi une clef à la pratique de sa propre musique, dont les subtilités harmoniques s’inspirent de Bach et de Mozart qu’il considérait tous deux comme ses maîtres. D’un point de vue stylistique, Chopin n’est pas un compositeur romantique mais fait plus office de dernier des classiques, dans la tradition initiée par Bach (la structure polyphonique, le contrepoint) et Mozart (la légèreté et la liberté des lignes mélodiques).

A l’écoute, il est vrai que l’intégrale peut être parfois rébarbative. Il faut choisir de bons pianistes. Il existe des versions pleine d’une tension dramatique captivante, comme celle de Glenn Gould (« Le clavier bien témpéré » Livre I & II… Trois heures d’écoute !). Très articulée et très rythmique.

D’autres versions d’autorité sont plus « doctes »: celle de Rosalyn Tureck, par exemple, qui a conduit de nombreuses recherches théoriques sur la musique de Bach, ou celle, moins connue peut-être, d’Edwin Fischer. Dans tous les cas, celle de Glenn Gould est à mon sens la plus « Rock’n’Roll ». Je recommande aussi la version de Sviatoslav Richter, débordante d’énergie et de musicalité. Richter fut un temps obsédé par cette partition. Une femme lui dit même un jour à la fin de l’un de ses concerts : « Quand cesserez-vous donc de nous infliger le clavier bien témpéré? ». On pouvait comprendre l’attente qu’excitait un musicien de cette envergure sur d’autres chef d’oeuvre du répertoire.

Partition intégrale du WTC (domaine public) ci-dessous:

Click to download – (Bach WTC Book I, Preludes 1-12)

Click to download (Bach WTC book I Preludes 13-24)

Click to download (Bach WTC book II Preludes 1-12)

Click to download (Bach WTC Book II Preludes 13-24)

English Version.

« Well-Tempered Clavier, or Preludes and Fugues in all tones and semitones, both with the major third or C, D, E and with the minor third or re, mi, fa. For young musicians eager to learn to practice and for the enjoyment of those who are already experienced in this art. « 

J-S Bach.

The Well-Tempered Clavier is the bible of tonal music for the piano. The alpha and omega of pianistic technique. On the one hand it allows to work in all major and minor keys pieces that are gratifying to the ear. On the other hand it allows to master the polyphonic element of the art (ie to support different voices simultaneously, staggered or reversed) and counterpoint. Bach wrote it to prove that it was possible to write harmoniously in 24 tones. It’s sort of a treatise on harmony directly applied to keyboard playing.

From the perspective of the physical effort itself, working on the Well-Tempered Clavier is optimal. It allows to combine independence of the fingers and « legato » playing (making the piano sing).

To top it all, the WTC consists of short pieces, ie a pianist can learn them in a short time: the Preludes and Fugues. A Prelude is an introductory piece, written in the tone of the exercise (the tone required to be composed in). The fugue is written in the same tone and features a subject on which the melody is repeated polyphonically, along with counter- subjects (but that’s a long story to tell).

Some teachers of professional pianists to become demand from their pupils that they learn a prelude and fugue a week, sometimes coupled with one of Chopin’s Etudes. Quite demanding. For a beginner, some of them are technically affordable and very useful to the strengthening of your fingers and flexibility of the wrist. Some examples are given below. When working these parts, one must strive to master the sound produced by each finger in a continuous effort of synthesis. Therefore it is recommended to work only a few measures at a time. And of course, to work separate voices (and always listen to them), each hand at a time etc etc.

The Prelude 6 in D minor is very affordable. Listen to the version by F. Gulda below, extraordinarily scrupulous on a rhythmic point of view. There You can measure that compliance with rythm gives full scope to the dramatic aspect of a performance. Gulda’s only student, Martha Argerich, has retained this very important aspect of music making. If you want the effect, be obsessed with the beat! Rhythm is the element that gives the performance the greatest efficiency.

Prelude 21 of the first book, contrary to all appearances, as it is very fast, is very affordable. Work very slowly at the beginning though.

Prelude 5, the first piece by Bach a student generally learns.

And of course, the very famous first prelude.

The Well-Tempered Clavier has inspired many composers after Bach. Chopin, a wonderful teacher, told one of his excellent students, shortly before his death, that above all, she should never stop playing Bach. He thus gave a key to the practice of his own music, which is inspired by many harmonic subtleties of Bach. He considered him, along with Mozart his master. From a stylistic point of view, this is why Chopin is not a Romantic composer, as generally understood, but a Classical one, inspired by Bach (structure) and Mozart (lightness and freedom).

As far as listening is concerned, the complete version can sometimes be daunting. Choose good pianists. Some versions are full of a dramatic and captivating tension, like the one by Glenn Gould (« The Well-Tempered Clavier » Book I & II … Three hours of listening!). Very articulate and very rhythmic.

Some other versions could be seen as « docte ». Rosalyn Tureck, for example, who has led many theoretical research on Bach’s music, or the less known Edwin Fischer. In any case, Glenn Gould is to my mind the most « Rock’n’Roll ». I also recommend Sviatoslav Richter’s recording, full of energy and musicality. Richter was once obsessed with the score. A woman even told him once at the end of one of his concerts: « When will you stop hammering us with the Well-Tempered Clavier? ». One may understand the expectations excited by a musician of this caliber to play other masterpieces of the repertoire…

http://www.radioclassique.fr/fileadmin/player/player_deporte_big.html

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