Jouez comme Argerich ! – Play like Argerich !

Nous évoquions dans le dernier post le jeu extraordinairement précis et spontané de Martha Argerich. Quels sont les secrets d’une telle virtuosité? puissance sonore et précision limpide des traits, dosage intelligent du poids, un jeu qui lui permet de raccourcir au maximum le délai entre l’intention (quelque soit son origine: inconsciente le plus souvent, et en cela, mystérieusement et irréductiblement musicale) et l’exécution.

Martha Argerich eut pour premier professeur un grand maître italien, Vicente Scaramuzza, pianiste originaire de Crotone qui émigra à Buenos Aires où il fonda et tint une école de piano réputée. En sont sortis quelques artistes dont le jeu est parfois éminemment plaisant, tels Bruno Leonardo Gelber et Martha Argerich. Vicente Scaramuzza fut entre autres le professeur du père de Daniel Barenboïm, Enrique. Les enseignements de Vicente Scaramuzza n’ont jamais fait l’objet d’une méthode écrite. Mais la tradition du maître a été recueillie par l’une de ses élève, devenue une pédagogue recherchée en Argentine: Maria Oubina de Castro, qui publia en 1927 un livre sur les enseignements de son maître.

On peut avoir une idée de cet enseignement dans l’extrait suivant:

Plusieurs idées peuvent être tirées de cette façon d’aborder le toucher, fruit d’une recherche très approfondie tenant compte des particularités morphologiques de la main, des avant bras et des épaules:

– La maîtrise du dosage du poids qui permet de donner autant de couleurs variées à son jeu est obtenue en prenant progressivement conscience de la continuité de mouvement,  de l’épaule jusqu’à l’extrémité du doigt. Le bras est littéralement suspendu à l’épaule.

– C’est la dynamique du mouvement qui donne le caractère si particulièrement sensible de ce toucher. De là d’ailleurs le problème d’Argerich pour les puristes et de son propre aveu: celui de la vitesse. L’habitude prise de la corrélation entre le poids et l’énergie cinétique de la frappe raccourcit le délai entre l’intention et l’exécution. Dans le cas d’Argerich, c’est un peu comme si son esprit se trouvait d’emblée projeté sur le clavier: de là le caractère « magique », parfaitement spontané de son jeu, comme sorti de nulle part, à la mesure de ses capacités exceptionnelles de compréhension. Une telle énergie spontanée est perceptible dans ses premier enregistrements des concerti en ré et en la de Mozart et Schumann, alors qu’elle était une enfant; avant que l’enseignement de Friedrich Gulda ne vienne canaliser cette énergie en mettant l’accent sur le respect absolu du rythme.

– Quelque soit la nature du touche exigé par la partition, la main est toujours tenue dans cette condition « vibratoire ». La souplesse de la main est permanente. Ainsi la possibilité de se voir parfois « emporté » par la vitesse. Cette particularité technique de toucher permet de retrouver le caractère spontané du déroulement musical en liant indissociablement chaque moment de l’exécution au suivant. Cela implique un travail préalable ou contigu de compréhension harmonique et rythmique irréprochable.

– Avec le toucher de paume ainsi présenté, et qui est partie liée à tous les autres modes de toucher, parce qu’il en constitue en quelque sorte le fondement, la main et les doigts sont liés en un seul mouvement continu, articulé au poignet.

– L’extrémité du doigt ne frappe jamais la touche mais est soumise à elle, de manière à adoucir la descente provoquée par la chute du poignet. C’est bien la vitesse de jeu du poignet qui permet de varier à l’infinie la couleur du son. L’objet est de maîtriser le poids de la main, en fonction des exigences du compositeur et de son goût propre.

We mentioned in the last post the extraordinarily precise and spontaneous playing of Martha Argerich. What are the secrets of such a virtuosity? A powerful sound and focused precision features, clear, intelligent dosing of the weight, a playing that allows her to shorten the time between the intent (whatever its origin, most often unconscious, and in  that way, mysteriously and irreducibly musical) and execution.

Martha Argerich’s first teacher was a great Italian master, Vicente Scaramuzza, a pianist from Crotone who emigrated to Buenos Aires where he founded and held a well known piano school. Came out from it a few artists whose playing is sometimes eminently pleasing, like Bruno Leonardo Gelber’s and Martha Argerich’s. Vicente Scaramuzza was among others the teacher of Daniel Barenboim’s father, Enrique. Vicente Scaramuzza teachings have never been written as a method. But the tradition of the master was collected by one of his students, who became a sought-after teacher in Argentina: Maria Oubina de Castro, who published a book on the teachings of his master: « las ensenanzas de un gran maestro: Vicente Scaramuzza ».

See the excerpt above

Several ideas can be drawn from this approach to piano playing, fruit of a very thorough account of the morphological features of the hand, forearm and shoulder:

– The control of the weight that can give as much color variety in one’s playing is obtained by recognizing the continuity of movement of the upper part of the body from the shoulder to the fingertips. The arm must literally hang from the shoulder.

– It is the dynamics of the movement that gives the particularly sensitive aspect of that touch. Hence Argerich’s problem by her own admission: speed. The correlation between weight and kinetic energy of the strike shortens the time between the intention and the execution. In the case of Argerich it could be said that her mind is immediately projected on the keyboard: the sound, produced in a magical way, like out of nowhere, meets no obstacle between musical spontaneity and physical execution. And in her case the mind is  supported by exceptional faculties of understanding and memory. Such spontaneous energy can be seen in her first recordings of concertos in D and A by Mozart and Schumann, while she was a child, and before the intervention of Friedrich Gulda who focused her energy by working extensively on the absolute respect of rhythm.

– Whatever the nature of what is required by the score, the hand is always held in a vibrating condition. The flexibility of the hand is permanent. Hence the possibility to see some pianists be overwhelmed  by speed. 

– With the touch of palm as presented, linked to all the other aspects of touch (it is in some way the source and condition of all other touches), hand and fingers are linked in one continuous movement, depending on the articulation of the wrist .

– The tip of the finger never strikes the key but is submitted to it. Colors are obtained while varying the speed of the wrist. The purpose is to control the weight of the hand, according to the requirements of the composer and to one’s own taste.

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