Schubertiade à la gaité Montparnasse

Adrien La Marca, alto et Adam Laloum, piano

Adien La marca, alto, et Adam Laloum, piano

 La jeune garde des musiciens français a donné hier soir au théâtre de la gaité Montparnasse une Schubertiade dont les programmateurs ont annoncé à notre plus grand plaisir qu’elle ne serait peut-être pas la dernière. A notre grand bonheur en effet, car la nouvelle d’une programmation d’une telle qualité musicale, tant en compositeur qu’en interprètes, est aussi rare dans ce coin de rive gauche qu’une oasis en plein désert.

Une surprise intégrale donc, en cet intime petit théâtre qui s’avère convenir à merveille au format Schubertiade, cette rencontre informelle de musiciens et mélomanes autour de la musique de Franz Schubert.

C’est donc entre deux sex shop et un bar à sushis que le théâtre des Champs-Elysées a émergé de terre, un peu surpris de se retrouver là, pour un soir, au milieu des grivoises frivolités du quartier.

« Faux faux faux ! » me direz vous…. et vous aurez raison. Sur deux points. Premièrement, Il y a des programmations dites « exigeantes » dans le secteur, au théâtre du Montparnasse par exemple ou au théâtre de poche. Deuxièmement, une Schubertiade n’a justement rien d’un rencontre musicale compassée. Schubert lui-même était un amateur de tavernes et un grand fêtard. La musique il en faisait pour s’amuser.

Trêve donc des luttes insensées entre « grande » et « petite » musique.

Si l’heureuse et naïve bonhommie de son oeuvre s’ouvre sur la vertigineuse perspective de l’abîme (c’est d’ailleurs cette élasticité entre vie et néant, constitutive de toute grande oeuvre, qui a directement propulsé sa musique vers nous sur une distance de 200 ans), ce n’est pas de sa faute, c’est que Schubert était génial.

Quelle chance donc (de vivre à deux pas oserai-je ajouter) car il suffit aujourd’hui d’un clic sur un fil d’actualité Facebook pour le soir même se trouver au théâtre à écouter une musique d’une telle qualité, servie par de jeunes gens plein de talent, de vigueur et d’élan. Donc merci Radio Classique, et merci aux esprits généreux à l’origine de cette heureuse initiative. Enfin de la musique de chambre en libre service ! Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé et les musiciens ont été chaleureusement fêtés. Qui a dit que les français n’étaient pas un peuple de mélomanes?

Autour d’un magnifique piano de concert Bösendorfer, légendaire facteur d’instrument viennois, le pianiste Adam Laloum et le violoncelliste Christian-Pierre La Marca rassemblaient dans un programme alternant tubes intemporels (Le trio op.100 dit « Barry Lyndon », film de Stanley Kubrick sur le 18ème siècle, le deuxième mouvement du quatuor « la jeune fille et la mort », la truite en version Lied et Quintette) et oeuvres moins jouées (notamment de charmants lieder) Adrien La Marca à l’alto, Amaury Coeytaux au violon, la mezzo soprano Karine Deshayes, le contrebassiste Yann Dubosc et la violoniste Deborah Nemtanu.

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Amaury Coeytaux

CPLM pool 620pp

Christian-Pierre La Marca

La première chose que j’aurai à dire à propos des interprètes c’est: quelle joie de voir ces jeunes musiciens qu’on a vu grandir atteindre le plein soleil de leur activité artistique. Ils ont depuis longtemps dépassé le temps où l’on craignait pour eux. On a à la fois le sentiment d’avancer en toute sécurité à leur côté, soutenu par la solidité de leur pratique, et de profiter de leur joie inaltérée de faire de la musique ensemble. C’est le jack-pot musical.

Pour ouvrir, Adam Laloum était seul en scène face à cet intimidant Bösendorfer, sur lequel il a posé avec prudence et sensibilité deux tendres petits impromptus qui ont ouvert la voie au cortège d’amples chefs d’oeuvre qui suivit.

En voici une interprétation par un Moravien de souche, Sir Alfred Brendel.

Il y eut ensuite le très connu Trio op.100, ici servi par le trio Wanderer. Laloum, Coeytaux et C.-P. La Marca y ont déployé toute leur vigueur de jeunes musiciens et le plaisir qu’ils y ont pris nous a fait entrer de plein pied dans le concert. Nous étions alors bien en Schubertiade. Il manquait juste de pouvoir interrompre le programme pour demander un boeuf ou taper sur l’épaule des artistes.

Vint ensuite le mouvement lent du quatuor « la jeune fille et la mort », dont le titre dit bien ce qu’il veut dire. Une belle compréhension de cette oeuvre si jouée et, toujours, le plaisir contagieux des musiciens.

Entre ces monuments des oeuvres plus courtes et légères, tels la sonatine pour violon et piano et les lieder « Ganymed » et « Der jüngling am bach », ou même la sensible sonate Arpeggione, un tout petit peu fausse au début mais admirablement reprise par la suite.

Et enfin, clou du spectacle, la vibrante, joyeuse, intemporelle « truite », donc aucun cliché ne peut décidément ternir l’éternelle fraîcheur. Le délicieux accompagnement arpégé du piano, la vigueur de ces deux derniers mouvements, l’absence totale d’ennui malgré les trois reprises du final.

Ici, une interprétation par de glorieux ainés.

C’est dans la chaleur presque estivale de ce soir de mai que je regagnai mon domicile, le coeur gonflé de musique, allégé des soucis quotidiens et bénissant désormais le ciel de vivre dans cette ville donc j’étais à court d’argument pour maudire les aspects les plus éprouvants. Allez au concert !

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Le théâtre de la gaité Montparnasse, rue de la Gaité, à Paris

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Une Schubertiade avec Schubert au piano, vue par Julius Schmid (1897)

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